Billet Iphae

Comment la saga du dôme de Florence éclaire nos projets professionnels

Florence 1415. L’église Santa Maria del Fiore -encore en chantier- est prête à recevoir sa coupole. Malheureusement, l’architecte qui a conçu l’ensemble de la construction est mort depuis longtemps ; les maîtres d’œuvre sont donc obligés de recommencer une consultation pour résoudre un problème de taille : comment construire sans arcs boutants (comme dans les cathédrales françaises, allemandes ou comme celle de Milan) un dôme de taille exceptionnelle qui … ne s’écroule pas ? Les meilleurs spécialistes de l’époque considèrent le problème comme insoluble sauf Filippo Brunelleschi. On le prend pour un fou. Il se fait insulter. On le jette dehors, il est la risée de tout Florence.

Mais comme personne ne trouve de solution, on finit par le rappeler. Un jour que ses concurrents lui demandent comment il compte faire, il se montre méfiant et rusé. Par défi, il leur montre un œuf : « Celui qui arrivera à le faire tenir debout sera digne de faire la coupole » leur dit-il.  Comme personne n’y arrive, Filippo prend l’œuf, en écrase l’extrémité sur une table de marbre, et le pose ainsi debout sur sa base cassée. Furieux, ses concurrents lui disent qu’à ce compte, tous auraient pu y arriver « s’ils avaient su ». Et lui de répliquer qu’ils auraient déjà élevé la coupole « s’ils avaient su » …

L’histoire de la coupole est l’histoire d’un méga projet. Tout y est :  un climat concurrentiel entre les villes de Florence, Sienne, Milan… mais aussi entre les architectes. Une situation inédite qui demande une solution technique à laquelle aucun savoir de l’époque ne peut répondre. Un enjeu fort : il y va de la gloire de Florence, mais aussi de la crédibilité de Filippo. Des solutions complexes qui supposent une croisée de savoirs : Filippo a utilisé toutes les connaissances de son époque, sa formation d’orfèvre, ses connaissances mathématiques, la perspective (qu’il a inventée), son observation passionnée des monuments antiques de Rome …

La réussite de Filippo Brunelleschi est impressionnante. « Si l’on considère la très grande portée de la coupole de Santa Maria del Fiore, caractéristique qu’elle partage avec Saint Pierre et le Panthéon de Rome, ainsi que les caractéristiques qui la distinguent entre toutes, hauteur propre de la voûte (31,5 m) et surtout géométrie octogonale de l’ouvrage et réalisation sans aucune armature de soutien, on peut affirmer que la construction de la coupole de Brunelleschi n’a jamais été surpassée » commente J-F Devémy.

Comme quoi la culture de projet suppose une détermination exceptionnelle, une connaissance supérieure non dénuée d’une pointe d’humour et de ruse. La Renaissance italienne -et tout particulièrement l’histoire du dôme de Florence- est bien une figure exceptionnelle des projets tels que nous les pratiquons aujourd’hui.

SAGESSE ET HUMOUR

  • “Une petite impatience ruine un grand projet” Confucius
  • “La confiance est un élément majeur. Sans elle aucun projet n’aboutit.” Eric Tabarly
  • “Le projet est un brouillon de l’avenir. Parfois, il faut à l’avenir des centaines de projets.”Jules Renard

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