Billet Iphae

Comment l’humanité a inventé la cuisine : propos espiègle sur la sérendipité

Une histoire qui commence mal …
Il y a bien longtemps en Chine, quand les hommes mangeaient la viande crue parce que la cuisine n’existait pas encore, vivait un grand gaillard nommé Bo-Bo qui était porcher. Bo-Bo avait un gros défaut : depuis qu’il avait appris à faire du feu, il s’amusait à en allumer partout où il allait. Un jour où on lui demandait de garder six petits cochons dans sa hutte, Bo-Bo comme à son habitude, joua avec le feu. Ne pouvant le maîtriser, sa maison de bois s’embrasa entièrement…
Bo-Bo fut désolé pour sa pauvre hutte mais surtout pour ses petits cochons de lait. Pleurant amèrement, il s’approcha de ce qu’il en restait : c’est alors qu’une odeur nouvelle et merveilleuse lui parvint aux narines. Bo-Bo fut tout étonné : jamais il n’avait respiré parfum aussi délicieux et original. Le jeune porcher comprit alors que cette odeur alléchante venait de ses petits cochons : délicatement, il détacha un morceau de chair rôtie qu’il porta à sa bouche.

… mais qui trouve un dénouement heureux
Or la saveur se révéla aussi délicieuse que l’odeur ! Dans sa joie, Bo-Bo oublie sa maison brûlée et fait goûter un morceau de viande grillée à son père qui justement, revient de la forêt. Quel régal ! Dans leur hâte de renouveler l’expérience, le père et le fils rebâtissent une maison qu’ils font aussitôt brûler, en ayant pris soin d’y enfermer des petits cochons. Les voisins sont invités au banquet : conquis par cette trouvaille, la recette des maisons incendiées se répand dans tout le village. Tant et si bien que la justice s’en mêle : Bo-Bo père et fils sont dénoncés pour avoir transformé les villageois en pyromanes. Mais tous deux sont finalement acquittés : les juges eux-mêmes brûlent en secret leur propre cabane … pour les mêmes raisons. Les incendies continuèrent donc à se multiplier dans la contrée, jusqu’à l’arrivée d’un vieux sage venu des hautes montagnes tibétaines. Il fit sensation en apportant une très bonne nouvelle : on n’était pas obligé de brûler sa maison pour griller sa viande ! Vraiment !

Où l’on découvre l’art subtil de la sérendipité
Ce conte chinois redessiné par le poète anglais Charles Lamb est l’un des tout premiers récits que nous offrent Danièle Bourcier et Pek van Andel dans leur livre « C’est quoi la sérendipité ? » Je me suis permis de le raconter à ma façon. Ce conte me paraît bien illustrer la sérendipité dans notre situation actuelle : préparer Noël en temps de pandémie, percevoir du merveilleux dans l’inquiétude devant l’avenir du monde …   L’art de découvrir ou d’inventer, en prêtant attention à ce qui surprend, et en imaginant une interprétation pertinente. Voilà comment la chercheuse Sylvie Catelin définit la sérendipité. Devant un obstacle majeur, notre benêt Bo-Bo peut devenir une référence de la sérendipité : au sein d’une catastrophe que l’on n’a pas choisie, rester réceptif à l’inattendu qu’elle recèle souvent.

Une attitude d’autant plus heureuse qu’elle ne l’est pas toujours
Souvent, mais pas toujours. Toute catastrophe ne recèle pas forcément un trésor caché. Sans jamais être sûr de le trouver, à chacun cependant de rester vigilant, attentif aux détails cachés derrière le vacarme d’un événement, de prendre le temps de les observer pour faire peut-être une belle découverte.  Quand surgit le merveilleux, l’inespéré, il y a toujours quelqu’un pour l’accueillir.  

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