Billet Iphae

Le capitalisme est-il moral ?

Il y a tout juste dix ans paraissait le désormais célèbre livre d’André Comte-Sponville « Le capitalisme est-il moral ?» On se rappelle de sa réponse : le capitalisme n’est ni moral, ni immoral : il est amoral, c’est-à-dire neutre vis-à-vis de la morale, parce qu’en tant que système économique, il est du registre de la technique, alors que la morale est d’un autre ordre, celui du devoir et non de la technique. Cela n’empêche pas le chef d’entreprise d’être un individu, au centre de plusieurs « ordres » comme dit André Comte-Sponville faisant référence aux ordres pascaliens. En tant que chef d’entreprise, il œuvre pour que son entreprise soit la plus profitable possible. C’est son métier, sa raison d’être de chef d’entreprise. En tant qu’individu, il est aussi un être humain concerné par son devoir et donc appelé à se montrer responsable en termes de justice et de respect des autres, de ses salariés, de ses clients.
Mais André Comte-Sponville va plus loin : « Qu’est-ce qui vaut mieux pour le chef d’entreprise : être un bon patron (compétent, performant) ou être un patron bon (plein d’amour et de générosité) ? L’idéal c’est d’être les deux à la fois, mais ce n’est pas toujours possible. Eh bien, s’il faut absolument choisir, je dirai volontiers […] : mieux vaut (y compris pour les salariés, y compris pour les clients, y compris pour le corps social dans son ensemble) un bon patron, qu’un patron bon ! ».
Ce qui pose le problème du statut de l’ « éthique d’entreprise ». André Compte-Sponville affirme sans sourciller que sa place reste toujours marginale du point de vue de l’entreprise, même si elle ne l’est pas du point de vue de l’individu. Il ironise de façon cinglante sur ces chefs d’entreprise rencontrés au MEDEF, « tous commerçants, [qui] n’avaient que les mots d’éthique et de valeurs à la bouche. C’était beau à voir ! Et vous vous doutez bien qu’il y avait une valeur qui revenait toujours : le respect du client. […] Barbarie managériale : tyrannie de l’entreprise. Le respect du client est une valeur d’entreprise, bien sûr légitime, mais qui relève de la communication interne et externe, du management, enfin du marketing, plutôt que de la morale… »
Insensiblement, il passe du registre de la réflexion philosophique à celui du procès d’intention. On pourrait facilement opposer à ses propos blessants : Oui on peut être « commerçant » et éthique, cela n’est ni interdit ni impossible ! Oui on peut défendre la valeur du respect du client et y croire vraiment sans que cela soit uniquement une stratégie de communication ou de marketing. Non le management n’est pas un art du mensonge. Et l’on pourrait continuer.
Plus généralement, ce regard d’André Comte-Sponville tend à confisquer le registre de l’éthique du monde de l’entreprise (ils ne savent pas de quoi ils parlent) au profit des spécialistes, les philosophes, qui eux, sont censés savoir de quoi ils parlent. Or l’éthique n’est pas tant un discours, qu’une pratique. J’ose penser qu’il existe des philosophes qui auraient intérêt à s’inspirer de la sagesse pratique d’hommes d’entreprises, qui, par leur expérience humaine et leur confrontation à des situations difficiles ont accumulé une richesse de vie et de pensée éthique admirable. J’en ai personnellement rencontré. L’humilité est une valeur qui n’est pas à sens unique ; elle vaut pour tout le monde, même pour les philosophes spécialistes d’éthique ! A contrario bien entendu, nombreux sont les responsables d’entreprise qui mériteraient de revoir leur pratiques managériales à l’aune de référentiels plus profonds et sérieux que la mixture technico-superficielle qu’on leur offre habituellement.
Contrairement à ce qu’affirme Comte-Sponville, il existe bien une éthique d’entreprise, et pas seulement une éthique individuelle. Comme pour l’éthique médicale, on peut légitimement parler d’éthique d’entreprise quand elle est fondée sur des problématiques caractéristiques qu’on ne trouve pas ailleurs, ou tout au moins pas avec la même intensité. Reconnaissance managériale, intégrité sur des marchés flous, gestion de conflits, participation dans la prise de décision, définition et mise en application des règles du jeu communes, délégation des responsabilités, … voilà des attitudes ou des activités professionnelles dans lesquelles la pratique éthique du responsable est chaque fois directement sollicitée.
Ce qui revient à dire qu’il n’existe pas de pratique d’entreprise « purement technique », qu’elle comprend toujours une dimension éthique enracinée en elle, tout simplement, parce qu’il ne peut y avoir d’entreprise sans acteurs humains.

SAGESSE ET HUMOUR !

« Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère.  » Winston Churchill

« La supériorité des occidentaux tient, en dernière analyse, au capitalisme, c’est-à-dire à la longue accumulation de l’épargne. C’est l’absence de capitaux qui rend les peuples sujets.  » Jacques Bainville

« Le capital est seulement le fruit du travail et il n’aurait jamais pu exister si le travail n’avait tout d’abord existé.  » Abraham Lincoln

« Les économistes ont raison, disait un homme de Bourse : le capital est du travail accumulé. Seulement, comme on ne peut pas tout faire, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent.  » Auguste Detoeuf

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