Billet Iphae

Le paradoxe de l’autorité

Selon un sondage publié par le Point fin avril 2016, 88% des Français souhaitent « un vrai chef en France pour remettre de l’ordre » et 87% considèrent que « l’autorité est une valeur trop souvent critiquée« . En même temps, 72% (+6) des personnes interrogées considèrent que « la plupart des hommes et des femmes politiques sont corrompus« . Une lecture possible pointe du doigt l’interrogation suivante : si l’autorité doit être défendue, est-il seulement possible que les responsables politiques puissent rester intègres en l’exerçant ? N’allons pas croire que cette question soit purement « politique », elle est implicite dans les institutions, les relations hiérarchiques, l’efficacité collective et bien sûr dans les organisations professionnelles. Est-il vraiment possible d’accorder autorité avec intégrité ?

Ainsi posée la question est facile. Personne ne pourra contester que l’exercice de l’autorité doit tout faire pour rester éthique. Mais la question se corse si l’on creuse un peu : est-ce vraiment toujours possible ?

L’enjeu est important. Le dégoût vis-à-vis de ceux qui exercent l’autorité provoque dans la société civile le mépris du politique et chez les salariés, une défiance vis-à-vis de la hiérarchie. Le repli individualiste en est une conséquence logique que nous constatons tout particulièrement dans les jeunes générations. Il s’agit d’un comportement social présent dans tous les secteurs de la société, qui génère la suspicion, l’incohérence, et peut conduire à une véritable crise sociale. Pour expliquer la corruption de l’exercice de l’autorité, on a l’habitude de désigner le système, structure opaque des institutions et des complicités qui favorise les comportements non vertueux selon une logique prépondérante. On invoque également une dérive du pouvoir qui s’auto entretient sur le long terme au détriment de sa véritable mission. L’habitude et la passivité font le reste. Face à ce monstre d’inertie peut-on remettre l’autorité à l’honneur ?

L’attachement à une figure d’autorité est naturel, on l’oublie trop souvent. Il faut tordre le coup à l’idée que la société la meilleure serait celle qui arrive à se passer d’autorité, où les personnes seraient sans contraintes, où elles coopèreraient d’elles-mêmes à une œuvre commune : une telle société n’existe pas, ni une organisation, ni une entreprise. Il faut pour cela comprendre que l’autorité n’est pas un mal nécessaire, mais un bien supérieur. On n’a pas besoin d’autorité seulement dans les situations de crise, quand tout va mal. On a d’abord besoin d’autorité parce que sans elle, une communauté perd son unité, sa cohésion, son identité, son efficacité.

Contrairement à ce que l’on croit souvent, le fondement de l’autorité n’est pas dans la hiérarchie, mais dans le fait que toute personne est responsable de ses choix et de ses actes, qu’elle en répond librement, qu’elle s’obéit à elle-même en quelque sorte. Seulement dans une équipe ou une structure, elle doit s’intégrer dans coopération collective : ce n’est jamais facile ni spontané. Il y faut de la bonne volonté, de l’énergie, du discernement. C’est à cet endroit précis que l’autorité du chef va faciliter cette cohésion, la rendre possible et visible, la défendre quand c’est nécessaire. Encore faut-il que le responsable croie à ce qu’il fait : utiliser sa mission comme simple tremplin vers une nouvelle fonction mieux rémunérée et plus valorisante, cela se voit, et ses collaborateurs en seront à juste titre scandalisés. Croire à ce que l’on fait, c’est défendre des valeurs importantes pour soi-même et partageables avec les autres, sans mentir. Ce minimum d’authenticité est un premier jalon indispensable à l’exercice de l’autorité. Voilà probablement ce que les Français réclament de leurs responsables politiques, voilà ce qu’une équipe est en droit d’attendre de ses managers.

SAGESSE ET HUMOUR

  • « L’obéissance à un homme dont l’autorité n’est pas illuminée de légitimité, c’est un cauchemar.  »
    Simone Weil
  • « Dans une maison, celui qui a l’autorité est souvent celui qui en bave le plus. « José Artur
  • « L’autorité d’un seul homme compétent, qui donne de bonnes raisons et des preuves certaines, vaut mieux que le consentement unanime de ceux qui n’y comprennent rien.”Galilée

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