Billet Iphae

Les 10 conseils qu’Aristote aurait donné aux managers de notre génération

« Parti à la recherche des racines morales de la crise économique, j’ai entrepris de lire Aristote. J’y ai découvert un auteur avec lequel on pouvait repenser l’entreprise, le management, le travail de manière originale, en se détachant des thèses, le plus souvent empruntées à l’économie, qui dominent aujourd’hui le champ des sciences de la gestion ». Telle est la conclusion de Bernard Girard, consultant philosophe, dans son livre écrit juste après la crise de 2008, et paru en 2010. Voici une sélection de 10 conseils que nous avons sélectionnés dans son ouvrage.
1er conseil : Vous voulez augmenter la performance de votre service ? Créez d’abord une équipe où règne la concorde et l’amitié ! « Quand les hommes sont amis, dit Aristote, il n’y a peu besoin de justice », c’est à dire de temps perdu en régulation managériale comme on dit aujourd’hui.

2ème conseil : Vous voulez (re)donner de l’énergie à une équipe ? Privilégiez le fond à la forme, les buts plutôt que la structure. Quand on met les gens en perspective, qu’on leur présente une vision simple dans la quelle ils se reconnaissent, ils se mobilisent volontiers. C’est Aristote qui a inventé la cause « finale », c’est à dire le but qui conditionne tous les éléments d’un projet.
3ème conseil : Vous voulez sortir d’un esprit de suspicion ? Pratiquez des salaires justes à tous les échelons de l’entreprise. Aristote appelle « distributive » ce type de justice. Rien de plus démobilisant que les rémunérations exorbitantes d’une toute petite frange managériale, au détriment de tous les autres. C’est une contradiction à l’exemplarité du chef. On a oublié que c’est tout simplement une exigence de justice élémentaire.
4ème conseil : Vous souhaitez former les leaders de demain ? Sachez que la sélection des « hauts potentiels » vaut moins que la formation qu’on leur donne. Au delà des compétences qu’il acquièrent, il est nécessaire d’acquérir les bonnes attitudes, d’ouvrir son regard et ses relations aux autres, bref d’intégrer les bons habitus, c’est à dire les bonnes manières de faire pour s’adapter à son environnement.
5ème conseil : N’oubliez pas que l’homme est un « animal politique », c’est à dire pour Aristote, qu’il est naturellement sociable. « L’homme seul est un dieu ou une bête » dit-il. Aristote voit une solution de continuité entre l’amour de soi et l’altruisme. Si on aime les autres, c’est qu’on s’aime soi-même, et inversement. On insiste aujourd’hui sur l’importance de l’estime de soi dans la confiance que l’on se porte ainsi qu’aux autres. Aristote était le premier à le dire !
6ème conseil : le management n’est pas seulement une compétence mais aussi une vertu. Difficile de traduire le mot grec « arèté », le meilleur est probablement celui d’excellence. L’idée est que le savoir-faire ne peut remplacer le savoir-être, que la technique ne peut supplanter l’attitude. Le bon manager est intégré : le bon comportement est tellement naturel en lui qu’il n’a même plus besoin d’y penser. Le management commence par le bon sens, se poursuit par l’expérience de situations difficiles dans lesquelles le bon sens ne suffit pas et qui permet de progresser. Il se déploie dans la vertu, c’est à dire une culture managériale intégrée dans la vie du manager comme une seconde nature. C’est cela la vertu dont parle Aristote.
7ème conseil : le courage est un juste milieu entre la témérité et la lâcheté. Entre la colère et la peur se situe l’action courageuse, dominée, efficace. Facile à dire, difficile à faire. L’idée du juste milieu facilite cependant  l’action courageuse car elle le dédramatise en favorisant une mesure et non un excès d’énergie.
8ème conseil : ne pas négliger l’éthique au profit de l’efficacité. Aristote est le premier à avoir montré avec autant de clarté la différence entre produire et agir, entre la transformation d’une matière extérieure et la transformation personnelle. Or le monde du travail est précisément un univers ou les deux dimensions sont intimement liées, résultats et personnes. On ne gère pas les personnes comme des choses et inversement, et l’on n’obtient du résultat durable que si les personnes sont reconnues.
9ème conseil : la motivation par l’argent n’est pas le tout. Contrairement à ce qu’on croit souvent, « l’avidité d’un gain sans limites n’implique en rien le capitalisme, bien moins encore son « esprit » » (Weber). Aristote partagerait cette remarque, La seule recherche du profil (baptisée techniquement « Chrématistique » par Aristote) est courante, mais l’homme serein sait modérer ses désirs en reliant toujours son action au bien commun, et au partage juste des résultats.
10ème conseil : Le bon chef n’est pas un leader héroïque ni une grande gueule, mais le plus prudent. Il sait tenir compte des circonstances, adapter son comportement, prendre une décision partagée quand il le faut, ou parfois seul, il voit comment son action est reliée à des objectifs plus globaux, il n’est pas seulement habile, mais sait respecter les autres. Il est digne de confiance.

« Les manuels d’organisation mentionnent rarement Aristote, -dit Bernard Girard- mais c’est une erreur. Notre philosophe est l’un de leurs lointains ancêtres, peut-être même le fondateur de cette discipline qu’il anticipe de manière très précise dans le chapitre 5 de son 4ème livre de son Traité de Politiques ».
C’est bien notre avis.

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