Billet Iphae

Prendre le temps de méditer sur ses fondamentaux professionnels

Mon livre, « Le travail inspiré » part du principe que tout travail cherche à déboucher sur une œuvre, et que cela constitue un premier pas de sens impliquant une vision, une adhésion, une attention toujours en éveil, une capacité de renouvellement… J’appelle inspiration cet ensemble d’attitudes (voir mon billet précédent). Je voudrais ici donner quelques explications au sous-titre « Courtes méditations sous la forme d’un abécédaire ».

Je parle de méditations pour sortir du jargon technicien du travail. J’aime les relations humaines, mais rarement les livres des consultants à ce sujet, je n’aime pas les sigles (SMART, ATROCE (excellente méthode de négociation !), PDCA…), ni les « boîtes à outils » qui donnent l’illusion de maîtrise, ni les schémas PowerPoint qui simplifient tout et dégradent le sens, je me méfie de l’utilisation unilatérale de la culture anglo-saxonne comme si notre culture française était incapable de penser. Je ne suis pas non plus attaché à la seule culture des sciences humaines (sociologie, psychologie) et je me dis que notre longue tradition de philosophie occidentale recèle des trésors d’intelligence qu’il serait temps d’utiliser ! Je voudrais citer par exemple les travaux de Pierre Hadot, grand connaisseur de la tradition stoïcienne : son livre « Exercices spirituels et philosophie antique » ouvre des perspectives intéressantes sur la vie pratique dans les entreprises comme dans la vie quotidienne. L’approche étymologique, les concepts philosophiques de justice, d’amitié, de bien commun, les textes d’Aristote, de Kant ou de René Girard offrent une perspective qui en vaut la peine.

Par méditations, j’entends plongées de sens. Privilégier le regard ample, la maturation selon un temps long, ne pas se focaliser directement sur le comportement à acquérir pour obtenir ce que l’on vise. Au volontarisme utilitariste ambiant, j’oppose la déambulation intérieure, au souci du résultat, j’oppose le souci de soi.

Hors sujet pour un homme ou une femme d’action ? Non. Au contraire. « Tous les grands hommes d’action furent des méditatifs », dit de Gaulle. Jack Ma, ancien patron d’Alibaba, fonde son action sur le Tai-chi “Calme-toi, -dit-il non sans humour-  il y a toujours un moyen de s’en sortir. Préserve ton équilibre, et pendant ce temps, n’essaye pas de tuer tes concurrents !” Steve Jobs pratiquait la méditation zen, dont on dit qu’elle a inspiré la simplicité esthétique de ses produits. « Je suis convaincu que la méditation augmente notre éveil et notre résistance au stress, donc notre performance », explique Jay Nirsimloole, président de KPMG France.

La méditation conduit à un regard simple disait-on au Moyen-Âge, à un regard éloigné, selon l’expression de Levi-Strauss, un calme et une perspective qui permettent à chacun de se situer dans son environnement. Si l’être humain est désigné comme homo sapiens, c’est que sa sagesse réside dans son aptitude à discerner d’où il vient et où il veut aller. En le faisant sortir du cadre étroit du résultat utile où il est trop souvent piégé, la méditation libère son regard, apaise son anxiété, renouvelle son désir.

Le premier pas de la méditation est la prise de conscience. Méditer sur ses fondamentaux professionnels, c’est choisir des clés d’entrée qui peuvent en changer la perspective. Ces clés, chacun les pratique : autorité, changement, confiance, engagement, leadership, vente, vision, vocation … J’ai essayé dans mon livre de les aborder sous différents points de vue, certains sont factuels, d’autres s’inspirent d’expériences en sciences humaines, d’autres enfin vont explorer la profondeur de la pensée d’un Levinas par exemple. À travers mon expérience personnelle et professionnelle, j’ai moi-même cherché les clés qui m’ont apporté une plus grande confiance dans mon métier de consultant, ainsi que dans mes rencontres avec des univers professionnels très différents.

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