Billet Iphae

Quelle attitude adopter face au conflit ?

Le conflit est l’affrontement de personnes ayant des motivations divergentes. Il s’agit de comprendre si ces divergences sont le fruit d’une diversité ou bien d’une incompatibilité. Contrairement à ce que prétendent certains vendeurs de rêves, il existe des conflits insolubles, des médiations stériles, des « résolutions de conflit » qui ne peuvent aboutir, malgré tous les efforts produits. Ces oppositions incompatibles débouchent généralement sur une rupture, parfois même sur la défaite cuisante de l’un des adversaires. Ce principe de réalité ne doit jamais être oublié, sans quoi l’on verse dans l’angélisme de celui ou celle qui croit que la douceur entraîne mécaniquement la douceur, ou que l’affrontement peut toujours être évité.
En outre, le plus petit conflit porte en lui-même les germes d’une catastrophe : René Girard insiste à juste titre sur la « mimésis » violente, cette contagion qui envahit les adversaires et leur donne l’envie mutuelle de répliquer à une attaque par des représailles toujours plus fortes, jusqu’à en oublier l’événement déclencheur. Suspicion, panique, climat délétère proviennent parfois de petites causes amplifiées par une escalade de susceptibilités réactives, sans fin… Non contenu, le conflit dégénère.
Mary Parker Follett, grande théoricienne du management injustement méconnue (voir par exemple cet article récapitulant son ouvrage « Creative experience»), définit trois attitudes pour aborder le conflit :
La domination: le plus fort gagne en imposant son point de vue. Cette solution brutale a l’avantage d’être rapide et de satisfaire le vainqueur. Elle présente évidemment le désavantage d’imposer par la puissance plutôt que de faire adhérer par la justice, et d’alimenter ainsi la vengeance du vaincu.
Le compromis : arrangement où l’on se fait des concessions mutuelles. Elles sont plus justes, mais MP Follett remarque que les parties regrettent souvent d’avoir dû renoncer à une ambition légitime. « Le compromis est temporaire et vain » -dit-elle-. « Il signifie habituellement qu’on reporte le problème. La vérité ne se situe pas “entre” les deux positions ». Pourtant, ce type de négociation est souvent inévitable : à défaut de trouver une solution qui satisfasse les deux parties, on peut apprécier leur effort mutuel pour trouver un accord. La difficulté est que l’on ne sait jamais très bien si les efforts de l’autre sont réels ou simulés, l’art de la négociation étant parfois celui des malins et des dupes.
La troisième attitude est l’intégration. De bipolaire, le conflit passe à l’intégration d’une solution créative, extérieure aux deux antagonistes. MP Follett donne à ce sujet un exemple simple devenu célèbre: « Un jour, dans une des petites salles de la bibliothèque de Harvard, quelqu’un voulait ouvrir la fenêtre, et je souhaitais qu’elle reste fermée. Nous avons ouvert la fenêtre de la salle voisine, où il n’y avait personne. Ce n’était pas un compromis, puisque aucun de nous deux n’a renoncé à son souhait ; nous avons eu chacun ce que nous voulions en réalité. Car je ne tenais pas particulièrement à rester dans une pièce fermée. Simplement, je ne voulais pas que le vent du nord me tombe directement dessus. De la même façon, l’autre occupant ne tenait pas à ce qu’on ouvre une fenêtre particulière ; il souhaitait simplement que la salle soit plus aérée »
Une première remarque s’impose : MP Follett parle peu de l’attitude d’évitement. Or on remarque que les managers sont souvent tentés par cette attitude de déni. Une solution potentiellement explosive.
Par ailleurs, il faut insister sur la disposition mentale des adversaires qui réussissent à trouver cette voie tierce qu’est l’intégration. Alors que l’exaspération du conflit provoque le désespoir d’une solution commune et le repli de chacun sur son exigence propre, dans la voie de l’intégration, les protagonistes explorent ou inventent une solution commune sans sacrifier leur exigence propre. Ils savent mutuellement s’écouter. Chacun peut comprendre ce qui est vraiment important pour l’autre. C’est à cette pratique libératoire que nous convie MP Follett : élaborer une solution créative commune tout en reconnaissant les exigences mutuelles.

SAGESSE ET HUMOUR 

  • « Le conflit est la mouche du coche de la pensée. Il stimule l’observation et la mémoire.  »
    John Dewey
  • « Il vaut mieux se disputer avec quelqu’un d’intelligent que parler à un imbécile. » Proverbe chinois
  • « La différence entre l’homme de génie et l’homme du commun, c’est que l’homme de génie tient les contraires ensemble plus longtemps. » Albert Einstein
  • « On s’étudie trois semaines, on s’aime trois mois, on se dispute trois ans, on se tolère trente ans et les enfants recommencent.  » Hippolyte Taine

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