Billet Iphae

Réussir sa vie professionnelle : à quel prix ?

« Le 6 avril 2007, je me suis effondrée d’épuisement à mon bureau. Je me suis fracturé la pommette, on m’a posé quatre points de suture à l’arcade sourcilière. Je travaillais dix-huit heures par jour, sept jours sur sept, pour développer mon entreprise, trouver des investisseurs, ma vie était déséquilibrée. J’ai décidé de reconsidérer ma conception de la réussite. Selon la définition actuelle, j’avais réussi. Mais en réalité, ce n’était pas vrai ».
Tel est l’aveu d’Arianna Huffington, businesswoman accomplie, dans le livre qu’elle vient tout juste de publier outre Atlantique. Avec une question qui la taraude : finalement,  qu’est-ce qu’une vie réussie,  et tout particulièrement quelle est la place du travail dans cette réussite ?
Le modèle social répond pour nous : « l’argent et le pouvoir » nous dit-elle.
Je ne suis pas sûr que cette définition- très américaine – du pouvoir soit vraiment transposable à notre culture, mais Arianna Huffington parle de ce qu’elle connaît : candidate au poste de gouverneur de Californie, elle a fondé le Huffington post, écrit de nombreux livres, participé à des émissions de télévision, organisé des conférences très prisées, bref, elle vit avec tous les signes d’une réussite exceptionnelle : l’intensité,  la reconnaissance sociale, la richesse et … la gloire comme diraient les Grecs Anciens.
Surtout, il est significatif de voir comment Arianna Huffington définit le troisième pied du « tabouret Réussite», celui qui le rend stable, en réintégrant le bien être, la sagesse, l’émerveillement et don.
Exemple de bien être? Le sommeil. Quand elle s’adresse aux femmes, Arianna Huffington leur conseille vivement de « coucher pour réussir », entendez : « si  vous voulez réussir votre vie, prenez le temps de dormir. N’hésitez pas à utiliser cette drogue miracle qu’est le sommeil ! » Derrière cette injonction clin d’œil, c’est une étude documentée qui nous est proposée pour redécouvrir ce qu’on pourrait appeler une écologie du corps au travail.
Arianna Huffington définit la sagesse comme la capacité à nous recentrer sur ce qui compte vraiment pour nous « Mon travail vient toujours avant ma famille, mes amis et mon mariage » se plaint un chef d’entreprise. Dévoré par l’action et ses impératifs,  nous en venons à oublier nos raisons de vivre, perdre la saveur de ce qui pour nous est le plus important. La méditation s’avère un antidote, un temps de ressourcement à défendre face aux sollicitations souvent impérieuses du monde, un bouclier intérieur pour préserver un jardin détendu et totalement personnel.
L’émerveillement est la part de l’enfant en soi, l’antidote par excellence à ce qu’Arianna Huffington appelle la « famine temporelle», cette course après le temps jamais assouvie. S’émerveiller, c’est rompre avec l’esclavage de l’urgence, se laisser saisir par les moments inédits de l’existence, la beauté d’un lieu, l’émotion d’un regard, la drôlerie d’une réplique : ces exercices d’admiration -l’expression est de Cioran- qui sont des îlots de respiration.
Le don enfin. Arianna Huffington remarque qu’à la mort de Steve Jobs, sa sœur fit un éloge qui montrait à l’évidence que Steve avait été dans sa vie beaucoup plus que le type qui a inventé l’Iphone. Il fut époux, père, frère, ami, pas seulement businessman. Le don ajoute-t-elle, nous sort de notre zone de confort -celui de la possession- pour aider l’autre sans en retirer directement un avantage.
L’intérêt de ce livre est d’interroger le concept (américain ?) de réussite, fait de pouvoir et de richesse. Il aura fallu passer par un burnout pour qu’Arianna Huffington découvre le troisième pilier d’une existence réussie. Les mots qu’elle utilise sont souvent justes, et donnent crédit au fait qu’une personne très impliquée dans son travail a tout intérêt à rester attentive à la sagesse et au bon sens, pour que son activité demeure pérenne.  

SAGESSE ET HUMOUR

  • « La réussite, c’est d’abord et surtout d’être au travail quand les autres vont à la pêche. » Philippe Bouvard
  • « J’appelle bourgeois quiconque renonce à soi-même, au combat et à l’amour, pour sa réussite. »
    Léon-Paul Fargue
  • « La discipline est mère du succès. » Eschyle
  • « L’échec est la mère du succès. » Proverbe chinois

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