Billet Iphae

Sur quelle tendance surfent les réflexions managériales actuelles ?

Selon la récente enquête CFDT sur le travail, 74% des 200 000 (!) participants affirment souhaiter plus d’autonomie dans leur activité professionnelle et moins d’encadrement. Le manque d’autonomie serait ainsi la seconde source de mal-être professionnel, après la charge excessive de travail. Ce constat révèle une crise profonde du management actuel. Les salariés sont-ils en train de changer ? Leur individualisme est-il légitime ? Pourquoi la soumission et l’obéissance ne fonctionnent-elles plus ? Ne sommes-nous pas en train de challenger un modèle qui a fait ses preuves ? Faut-il comme le préconise Frédéric Laloux, se passer des managers et même des chefs, pour que les personnes accèdent enfin à l’autonomie tant désirée ?

Quand on scrute l’origine de ces nouveaux comportements et de ces nouvelles valeurs, il est d’usage de pointer une réaction au taylorisme et le ras le bol vis-à-vis d’abus de pouvoir qui heurtent notre rapport au travail. C’est vrai, mais je crois qu’il faut aller plus loin pour comprendre le sens de cette métamorphose. L’histoire montre le progrès grandissant de l’individualisme, au moins depuis la Renaissance. Alain Laurent, grand spécialiste de la question, affirme par exemple « Il est devenu courant d’affirmer que l’individualisme représente à  la fois le propre de la civilisation occidentale et l’épicentre de la modernité. » Ce que l’on constate aujourd’hui dans la revendication d’autonomie ou encore dans un management dégagé de toute contrainte hiérarchique inutile, est en fait l’aboutissement d’une puissante force d’individualisme qui imprègne notre culture.

Or l’individualisme est un concept très ambigu. On peut parler d’un individualisme libertaire inspirant la société Uber, dont le président Travis Kalanik ne cache pas sa proximité de pensée avec Ayn Rand. Pour rappel Ayn Rand est une philosophe russo américaine ayant développé un individualisme radical, comme le suggère le titre suggestif de son livre « La Vertu d’égoïsme » (The Virtue of Selfishness)… Cet individualisme « cow-boy » est présent dans l’ultra libéralisme. Autre est l’individualisme égalitariste, connu actuellement sous le nom d’holacratie, qui remet en cause l’utilité d’une hiérarchie pyramidale. Autre enfin est l’individualisme personnaliste, qui entend mettre l’homme au cœur de l’entreprise, « voie centrale » selon Alain d’Iribarne, et première, selon nous. Mais la majorité des approches managériales mélange allègrement ces dimensions.

D’où la perplexité de maints responsables, écartelés entre la nécessité de répondre à une demande puissante et légitime d’accomplissement personnel de la part des salariés, et la crainte d’entrer dans une idéologie masquée derrière des modes. C’est l’un des défis de cette nouvelle vague managériale. L’attitude la plus juste ne serait-elle pas de remettre à plat l’organisation managériale par un accompagnement humain et pragmatique, avec pour conditions sine qua non, un leadership puissant et une implication loyale de tous ? Ce qui suppose évidemment une préparation sur mesure.

« Être sujet n’est pas un fait ou un point de départ, mais une conquête et un but. » Gabriel Marcel

« Tout individu collabore à l’ensemble du cosmos. » Friedrich Nietzsche

« Un psychiatre est un individu qui va aux Folies-Bergère et qui regarde le public. » Mervyn Stockwood

 

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